[L'heure d'été] C'est l'été pour Assayas!

Publié le par Maxime Lefebvre

l-heure-d--t-.jpg
L'heure d'été, l'heure du milieu de l'année, un moment particulier qui fait la part belle,  pour son auteur (Olivier Assayas) à une peinture de l'héritage, dans son sens le plus large : de la mort d'une mère on sent toute la problématique de l'art, de la mondialisation, des prochaines générations qui touchent 3 adultes (Juliette Binoche, Charles Berling, Jérémie Rénier) au milieu d'une période charnière.
L'heure d'été c'est ce moment où l'on n'est plus au début de l'année, et où finalement on n'est pas encore dans la fin de l'année....Une heure et un moment "autre", ailleurs mais lié.

     Une scène ressort du film, elle paraît anodine mais je considère qu'elle réussit particulièrement à offrir une synthèse précise de toutes les questions que soulève le film : on est dans le musée d'Orsay, une musique aux accents faibles mais reconnaissables de l'Orient se fait entendre, et l'on suit un groupe de touristes qui passe de salle en salle, guidé par une personne parlant anglais, un stéréotype du groupe de touristes avec appareils, sacs a dos, et feuillets dans leurs mains ; ensuite vient un plan des coulisses, le directeur du musée nous fait visiter les salles de restauration et notamment une piece où un jeune homme est en train de restaurer une sculpture de Degas que nous savons (par le récit sur la petite famille à la maison de campagne, voir l'affiche!) avoir eté brisée en mille morceaux et gardée dans un placard durant au moins 20 ans!

      La statue est belle, elle luit sous le regard de la caméra et l'instrument de musique chinois. Pourquoi me direz-vous cette scène est emblématique? Parce qu'elle réussit à produire du monde une représentation synthétique que cherche à définir Assayas, c'est une séquence qui aurait pu être publicitaire, qui semble clairement poser une définition de l'art comme lieu d'une autre époque, d'une autre région cinématographique : celle du signe et du code généralisé (je m'expliquerai ensuite) car même le directeur du musée  a l'air surpris de voir le travail de son apprenti : cette séquence pose donc ceci, le musée d'Orsay est devenu la vitrine de l'art mondial qui réussit à s'affranchir des limites du temps par une action colective de mémorisation mondialisée , les chinois hantent ce musée tout comme Assayas est hanté par l'imaginaire du nouveau cinéma chinois et comme il semble opressé par le rapport européen à la culture américaine.
      Cela se traduit par, d'un côté, le rapprochement de toute une esthétique, "zen", du film : des personnages qui gardent leur sang froid, qui font preuve d'amour face à leurs prochains ; des plans ouvertements piqués à Hou Hsiao Hsien (ceux des arbres miroitants dans le pare-brise des automobiles rappelant nombre de plans du film le voyage du ballon rouge) ; une envie de prendre son temps, dans les plans notamment.
      D'un autre côté, une volonté claire de donner malgré tout un rythme hollywoodien au film, dans la narration, ne serait-ce que parce qu'elle foisonne, et puis parce qu'elle fait référence, par l'utilisation du motif de l'enfant rebelle et de la fête gigantesque sans parents, à toute une culture américanisée.

      Etant une commande du musée d'Orsay, le film se développe selon cette trame claire mais qui ne cesse d'évoluer, comment se mettre à concilier monde ouvert et besoin d'intimité face à nos héritages artistiques?
      Une seule réponse qui se veut bien cinégénique : devant le malaise du langage qui se transforme dans ce film en dieu monolithique d'économie mondialisée (téléphone= une base deux sattelites, nike, délocalisation Pékin, économie=merde pour l'économiste que joue Charles Berling, deux carats = tel argent...) car Charles Berling n'arrête pas de dire à sa mère qu'elle lui a déjà dit tout ce pourquoi elle veut mourir, une seule issue, la sauvegarde imagée d'une intimité salutaire : Assayas filme le miracle du cinéma, ce lieu de mémoire qui réussit à rendre vie aux objets perdus comme à perdre : cet orient futur et cette amérique passée sont liées dans un seul plan!!

Celui déjà évoqué : la science du laboratoire qui réussit à travers la monstration d'un laborantin en blouse blanche à recréer cette statue de Degas ; travelling avant qui montre les coulisses avant de s'attarder en gros plan sur la statue car finalement, qu'est-ce qui nous permet de la voir aujourd'hui? C'est une magie! Celle de l'ellipse qui au cinéma permet tous les miracles, reste dc plus qu'à aller vers le futur, celui d'une révélation ontologique de l'objet.
Degas est là, Assayas nous le montre, comme un animiste oriental, il veut voir la chose et l'emprisonner dans sa mémoire de cinéaste....

A tchao bon dimanche!





Publicité

Publié dans Cinéma

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article