[Promets moi!] Quelles racines pour la Serbie?
N'ayez pas peur, cet article ne porte pas sur le dernier essai de géopolitique concernant cette jolie région éclatée qu'est la Serbie, c'est plutôt une petite critique très enthousiaste du dernier film d'Emir Kusturica : Promets moi sorti cette semaine et qui permet d'aller voir autre chose que l'écrasant Astérix aux jeux Olympiques.Tsane, un petit garcon vivant avec son grand père dans une minuscule campagne reculée qui n'envie rien au paysage de la série Heidi, se retrouve obligé de quitter cette vie tranquille faite de voyeurisme à l'égard de la maîtresse du coin (possédant il est vrai une poitrine incroyable), pour se plonger dans une forme nouvelle de vie : la ville et l'obligation de profit!
Mon analyse est clairement colorée d'emblée: Tsane promet à son grand père de lui ramener une icône de st Jean, un souvenir, une femme ; par là j'y vois un petit peu cet apprentissage de la culture du résultat : le grand père ne demande pas à Tsane de vivre sa vie hors d'une campagne ou toute idée d'avenir n'a pas cours, il lui demande d'aller, de commercer avec l'inconnu, de vendre sa vache, de faire du profit vivant et un tout petit peu matériel.
Et cette couleur donnée au film par le récit, celle de la découverte du capitalisme, conditionne tout le film qui s'offre au monde de la farce, de la critique constructive : en effet chez Kusturica, on nous promet toujours un rire coloré d'idées politiques rouges (le rouge coca plus que le rouge sang). Parce que finalement,l a procession du film empreinte à toutes les questions que se posent les anciennes démocraties communistes : comment accorder la terre nourricière Russe et l'envie de la skyline salutrice en termes de rentrée d'argent.
De ce point de vue, les références pleuven t: les pseudo-bandits impliqués dans le traffic de prostituées veulent créer une réplique des tours jumelles en plein coeur de la Serbie, ils roulent en Jaguar, tuent à tour de bras comme des parrains de la mafia...un thème très connu chez Kusturica déjà présent dans le drolatique Chat noir Chat blanc.
La Serbie devient une nouvelle fois ici le chantre de la folie intégrale, on savait deja Kusturica maître de ce point de vue, seulement ( même si, ne connaissant pas sa filmographie en détail, je ne peux que peut-être répéter ce qui a déjà été dit des années auparavant), cette folie ambiante n'est jamais gratuite : déjà elle est assumée par le cinéaste, vu que le premier plan affiche en plein écran une spirale blanche sensée nous endormir (l'exemple type de l'outil d'hypnose), de plus, elle participe d'une forme assez claire de dialectique née il y a très longtemps dans le cinéma russe et dont je voudrais ici expliciter les tenants : le film se refuse presque à penser l'espace du ciel comme un espace explorable : les tours jumelles sont les produits des bandits(caricatures on l'a vu des parrains italiens), Tsane essaie de compter les étages d'une tour sans jamais y réussir, le personnage américain volant ne descend au niveau des hommes qu'à la fin du film, la tour penchée (presque Pise!) s'écroule dans un déluge de poussière. Décidément, la terre importe beaucoup (j'en veux pour preuve les nombreux plans en contre plongée situés au niveau du sol) elle constitue ici le terreau d'un programme Politique particulièrement acerbe et en même temps terriblement joyeux, donc enthousiasmant.
La terre serbe est celle qui pernet toute la folie, c'est la fin du film, cette scène de mariage et de guerre qui fait la niaque au plus profond des préjugés occidentaux concernant cette région, celui qui consiste à penser la zone en conflit interminable : Kusturica ne dit pas le contraire, il dit seulement qu'en combattant les forces englobantes que sont les vélléités américaines, et aussi un petit peu moins présentes, les vélléités religieuses, la Serbie peut marier ses générations dans un projet commun : un bonheur du possible. Les Serbes veulent ici se promettre le bonheur, dans un enterrinement qui reste incroyable de distance ; apres le mariage commun de Tsane et de Jasna, et de son grand père et de sa Maîtresse, le film se stoppe et se retrouve transformé en une photo kitsch, sépia et Happy end écrit à l'écran : du premier au dernier plan le film sait qu'il se trouve dans une optique de spectacle, de cirque cinématographique qui reprend les mêmes numéros dans un chaos spécifique à la célébration d'un thème : avoir les pieds sur terre quand le spectateur en sortira.
Kusturica ne fait pas du film américain, et jusqu'au bout il le critique par son modèle : la belle dérision : beauté du paysage, de la photgraphie, des acteurs, de la joie débordante.
A tchao bon dimanche!!
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