[Zodiac] Sur le fil du rasoir (invisible)

Une réplique ce jour, celle qui parle d’un film datant déjà de quelques mois et qui, grâce au festival Télérama, a su se faire une place dans mon emploi du temps : après le Fight Club culte de 1999, le Zodiac de 2007, film d’un David fincher renouvelé et aussi témoignant durant ce dernier film de 2h30, d’une enquête qui dura 20 ans, la bonne période pour proposer une histoire d’Hollywood de 1970 à 1990.
Le Zodiac, un de ces tueurs fous ayant peut-être trop regardé le corbeau de Clouzot, simplement par le fait qu’après avoir tué, cet homme invisible que l’enquête du film cherchera à débusquer coûte que coûte, envoie une lettre à la presse, au moins pour faire parler de lui, au pire pour cacher ses envie de meurtre dans le cryptage d’un code bizarre, qu’un seul homme semble prêt à déchiffrer : l’antihéros Graysmith : auteur du livre sur le Zodiac qui a prévalu au scénario de ce film : un scénariste devient acteur du film qu’il a déjà écrit, cette anecdote est révélatrice de ce que le film pose comme clé du succès, la reconnaissance des signes, la reconnaissance des cryptogrammes cachés dans l’image numérique elle-même.
En effet, le film peut sembler aride, voire chiant de prime abord, il reprend les bases du grand film d’enquête des années soixante dix (les hommes du président Alan j.Pakula) en appliquant ses règles à la lettre : psychologisation des personnages réduite au strict minimum, ce qu’on apprendra sur les personnages : Graysmith et Toschi en tête sera toujours mis en perspective d’une scène où l’on apprend quelquechose sur l’enquête qui reste prévalente sur tout. Aussi, après ce débroussaillement, je tiens à dire que je ne vais pas aborder ici le côté plastique du film qui a été largement abordé dans un article des Cahiers du cinéma (n°624 juin 2007) car je ne ferais que répéter l’influence du numérique dans ce film, en termes de scénario et surtout d’image.
Je veux seulement dire que pour ma part ce film m’a plu, pour la raison simple que , durant aussi longtemps, il me semble parfaitement soutenable car plein de suspens : on a ainsi l’impression que Fincher sait s’arrêter quand il faut, sait passer du décryptage (l’enquete à proprement parler : l’étude des preuves filmées absolument « standardement ») : un plan, une parole ou autrement dit, un plan, un fichier dévoilé pour reconstituer un dossier tout entier, comme un logiciel parfaitement relisible et reprogrammable selon un seul but : chercher quelque chose qui n’est jamais clairement là, le Zodiac ; du décryptage au récit qui démarre et finit, une fois seulement : les meurtres ou les séquences de suspens.
Dans ces scènes là comme le disent les Cahiers, l’usage des codes de la BD est clair, tout en clair-obscur mais surtout, on a l’impression qu'au bout de la page, au bout du plan ou du groupe de plans, quelque chose peut arriver que l’on peut voir tout de suite si l’on veut : mais les scènes sont très bien filmées, la frontière entre preuve de vie et preuve de futur mort ou futur danger est à peine perceptible, quand elle le devient trop se produit l’irréparable, rapidement, puis l’on revient à l’enquête, comme si le récit avait « Rebouté »pour parler en termes d’informatique.
Pour moi le but du film se joue dans le dépassement de la césure entre ces deux crénaux scénaristiques, Fincher y réussit, en cherchant le contact physique, en cherchant « au moins à croiser le regard du zodiac » comme le dit Graysmith pour déjouer la froideur d’un monde numérique qui dépasse les tenants du monde passé : le film est donc le Zodiac lui même, il fait se toucher les deux périodes : 35mm et Hd, les fait s’interdépendent pour un profit salutaire : le plaisir de se faire peur, le plaisir de recevoir dans l’invisible la question de qui est moralement valable aujourd’hui ? Question intrinsèque à énormément de films américains d’aujourd’hui.
A tchao bon dimanche !!!!!!!!!