[La guerre est finie] Un Yves Montant en flèche!
La guerre est finie vient appuyer mon intérêt pour l'oeuvre d'un octogénaire toujours en activité( Coeurs, son dernier film datant de 2007), une oeuvre qui base son centre sur le problème de la mémoire, englobant ce paradoxe fou : que le cinéma, cet art du temps, ne réussit qu'a parler du passé tout en étant lui-même une formidable machine à futur.
Il ne s'agit que de cela dans ce film qui traite de la situation espagnole de 1965, une Espagne plus que jamais franquiste qui ne s'ouvre pas au monde, du moins pas à celui des quelques résistants (dont fait partie Yves Montant) qui essaient au péril de leur vie de faire se produire la sacro-sainte révolution dans un pays qui leur échappe depuis 30ans (je rapelle que la première guerre civile espagnole a lieu en 1936).
Le Yves Montant que l'on voit ici est incroyablement perdu, fatigué, soucieux et pourtant envieux. Mais de quoi? De voir son idéologie l'emporter?
Certainement pas, elle ne devient au fil du film qu'une chimère, une chose le prouve : Montant ne passera jamais qu'une seule fois la frontière, et encore, de peu de kilomètres, juste assez pour percevoir une seule chose : la beauté d'une jeune libraire qui, si elle tient à aider les résistants, n'en demeure pas moins une libraire avant tout.
C'est ce qui manque à Yves Montant alias Carlos, Diego, Domingo et d'autres noms encore; une lutte du présent, un besoin de se sentir être au moment où il le sent possible, parce que cet homme de lutte ne sait pas s'arrêter, penser à lui. Comme il le dit, cela fait 30 ans qu'il use de sa patience, moyen pour lui de raccorder passé et avenir sans transition valable, sans vie possible et supportable.
Et ce n'est pas qu'un problème de fond, même si , et je le dis sans honte, ce seul parti pris de la recherche du présent aurait largement suffi à faire un film tout à fait intéressant ; non, Resnais va plus loin, il y met la forme, l'envie, le bien-être inhérent à chacune de SES images à lui : l'enlacement des corps de la première séquence d'Hiroshima mon amour, le zoom éclair, le dézoom malsain, la musique par bribes de percussion et de bruits organiques, en bref une fragmentation du temps filmique que la diègèse vient gentiment remettre en place!
Au début de l'histoire on ne comprend rien! Qui sont les personnages, où vont-ils, comment en sont-ils arrivés là, pourtant, ce sentiment est très paradoxal, puisque finalement, le film nous abreuve de chiffres, de signes en tout genres comme des directions, des noms, des dates ; mais ces indices pour la décode de l'intrigue sont tous des éléments fortuits, placés là par un hasard tout relatif : en effet ils émanent de l'imaginaire de Montant, ils viennent de lui tout en lui étant parfaitement étrangers : mais une évolution s'amorce, en effet il semble que ces excroissances de visionnage, qui n'ont que peu de rapports avec la diègese elle-même, tendent à disparaitre ou du moins, à se fondre plutôt dans le fil de cette histoire, bien que celle-ci va vers une déconstruction toujours plus patente : Chiasme magistral de Resnais!
Mais je suis sûr que vous n'avez rien compris à cette élucubration, je vais donc mieux expliquer grâce a une exemple:
Yves Montant doit attendre, au début du film, il a plein de choses à faire, mais progressivement, en revoyant les éléments de son passé (sa femme et ses supérieurs espagnols), il va se mettre à avoir du temps libre devant lui : structure : du temps plein----------------au temps libre
Parralèlement, les visions abstraites, retirées de toute réalité diégétique tendent à "disparaître", je mets des guillemets car il faut prendre cette disparition dans un autre sens, celui du choc et du questionnement qu'ils apportent : structure : Des plans sans explication diégétique--------------------à leur explication diégétique
Ce n'aurait pû être qu'un tour de force de scénariste, c'est beaucoup plus que cela, ainsi on voit dans une scène en particulier l'usage de cette plasticité rejoignant la diègèse : Montant va voir celui qui lui procure un faux passeport, en arrivant devant l'appartement de cet homme, il tombe sur sa fille, très jolie, qui dit à Montant que son père n'est pas là pour le moment : Montant rentre quand même, il discute avec cette fille et finalement, finit par lui faire l'amour, non que Montant soit un salaud, mais qu'un accord tacite s'est lié entre ces deux personnages, par le biais de ces plans figuratifs et peu compréhensibles : un gros plan sur la fille, un autre juste après sur une autre fille qui apparaît comme impossible dans cette scene à 2 personnages. Impossible mais pas incongru, Montant en effet cherche clairement , en se souvenant du passé à convoquer ce qui lie ces deux images : un cadrage, comme seule forme de compréhension d'un même temps présent, les deux gros plans présents ici se suivent dans une forme de continuité magnifisciente: 2 visages, 2 plans, 2 temps présents distants d'un intervalle inconnu : peu importe donc cette inconnue pour un Yves Montant tres fatigué de sa lutte passée. Ce plan le raproche de ce qu'il veut vraiment, à savoir vivre dans cette belle jeunesse qui se répercute dans tout le film : la libraire, le corps nu de sa femme, cette belle jeune inconnue qui forme des excroissances de présent et de vie. Une excroissance qui se fond finalement dans la diégèse : le coït magnifique est filmé comme un film expérimental : des corps sur un fond indéfini, blanc, (qui rapelle le Personna de Bergman), un mini récit abstrait qui retrouve une légitimité au niveau de la narration.
Le corps de la vie pour Resnais qui convoque le passé et le futur pour le présent, dans un seul concept, celui de plan, celui de mouvement ininterrompu qu'un homme doit savoir saisir par le simple regard.
Excusez du bordel : A tchao bon dimanche!!!
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