[J'ai toujours rêvé d'être un Gangster] Le fric, c'est Chic!

Publié le par Maxime Lefebvre

Une telle entrée en matière ne peut être que suspecte, en effet, pourquoi et comment peut-on tout d'un coup se mettre à reprendre le titre de cette somptueuse chanson des annés 80 (ou 70?) pour parler du dernier (et premier) film du romancier Samuel Benchetrit (Chroniques de l'asphalte), un film où se côtoient les stars et les inconnus, que ce soit Jean Rochefort, Edouard Baer ou encore Alain Bashung (dans son propre rôle!), qui réussisent à scotcher le spectateur dans son role de bouffeur de stars, celui qui fait ho!! quand soudain il voit Bashung pisser dans son urinoir......

      Car un peu gaga est ce film réalisé par un auteur tout aussi gaga devant les petits jouets qu'il a recu à Noël : une brochette de stars, une musique country et folk directement tirée du texas, un noir et blanc ultra contrasté.
Et avec ces pièces, Benchetrit se met à faire un mécano qu'il veut le plus brinquebalant possible , ainsi Benchetrit nous pose une structure en 5 actes, comme au temps  du muet, il nous sert ensuite une petite séquence muette qu'il vient filmer en 18 images secondes, revenant dans des temps anciens à une structure ancienne, par une méthode esthétique qui trouve dans le noir et blanc sale le seul recours à un passé qui se veut en plus le reflet d'une impropreté ambiante, comme si, parce que le film noir etait sombre dans son propos, la pellicule se devait d'être sale et moche : M. Benchetrit, si aujourdh'ui, Le faucon maltais apparaît comme sale, c'est parce qu'une pellicule s'use avec le temps, à l'époque, tout était propre.

      Mais à part ca, il faut dire que finalement, j'ai pris un certain plaisir à voir ce film, devant ces répliques extrêmement niaises il est curieux de voir que finalement, ce film peut plaîre, par ses stars il est vrai, mais aussi par l'humour décalé que ces quelques tocards apportent : de ce point de vue deux choses : il est étonnant en effet que finalement l'événement le plus drôle, mais pas le plus original, soit celui de l'enlèvement de la fillette suicidaire par 2 potes paumés. Deux acteurs, qui me sont inconnus et qui réussisent, par le simple fait d'être filmés en longs plans fixes, récupèrent une certaine place dans ce que finalement Benchetrit appelle "le système film à l'hollywoodienne", ces deux acteurs, mal dans leur peau, n'ont qu'une chose à faire : acquérir une place dans la société par le seul biais du filmage en lui-même, d'ailleurs, il est curieux de constater que la caméra ne va pas les chercher, leur premiere entrée sur scène se fait par le burlesque, en entrant par une fenêtre, assomant celle qu'ils attendaient mais qui, elle ne l'attendait pas, c'est-à-dire cette jeune fille gothiquo-bisounours.
      Ces deux inconnus veulent se faire, non seulement une place dans le cinéma, mais encore une place dans le genre du cinéma américain : le casse qui vire au fiasco et dont les frères Coen sont les chantres incontestables : ce sont deux paumés qui, magiquement, croient à leur connerie, vivent pour elle parce qu'elle est devenue le seul lieu d'action possible, bien que parfaitement fictive car la seule parfaitement filmable : de ce point de vue, Benchetrit n'est pas exemplt d'intelligence, il filmera les trois personnages de son intrigue en gros plan, façon d'immortaliser des acteurs qui se savent déjà morts : le gros plan devient photo magnifiée de leur absence de mouvement.

      Une autre chose me paraît donc découler de ce constat, le fait que finalement, Benchetrit nous montre une France paumée sur le bord de la caféteria de la nationale 17, une France qui se paume par absence d'espace possible vers lequel fuir ou du moins avancer : tout est ici mécanisé, il n'y a plus d'endroits calmes possibles pour tous ces avatars de l'accès à une liberté (car rêver d'être gangster c'est voler sa liberté par l'empiétement sur celle des autres, c'est se projeter vers l'avant, là où les règles n'existent pas encore) qui semble ne plus pouvoir être prise : ainsi, qui dit Amérique dit grand espace, ici on a l'impression que les personnages du film cherchent leur Amérique dans une France où le grand espace n'existe plus faute de temps et d'espace : la planque est devenue cafeteria (faux diner à l'américaine), la banque est devenue mac do, et même la forêt recèle une improbable cabine téléphonique. L'espace est déjà plein, et on a beau retourner le problème dans tous les sens ( le panoramique à 360 degrés autour d'un point fixe à la fin du film le montre : il y a des constructions partout), l'espace francais ne recèle plus de lieu du rien, de lieu du vide : les gansters ne peuvent donc plus vivre dans ce mileu qui les exclut par principe de force : vouloir être gangster ce n'est plus possible pour cette France déjà trop américaine.

      Et c'est finalement ce que Benchetrit nous montre : une France-américaine à l'arrêt, absente des flux du monde moderne, comme la vieille BMW transportant les cinq vieux briscards et s'arrêtant pendant un plan interminable entre deux poteaux électriques.
      Paumée sans émotion car seulement au carrefour de son futur.

A tchao bon dimanche!

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Publié dans Cinéma

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