[No Country for Old Men] Le nouveau Coen est arrivé
L'actualité cinéma continue cette semaine avec un autre film particulièrement attendu des deux frères Coen, aussi connus pour Lady killer ou encore le drolatique O'Brother , deux comédies acerbes comme savent les produire les frères Coen. Force est de constater qu'ici l'humour est mis au second plan d'un suspens et d'une mélancolie plutot déroutants quand on connaît les dernières oeuvres des deux frères mais qui rapelleront aux puristes la force d'oeuvres comme Fargo par exemple.Et oui vous l'aurez compris, No country for old men (horriblement traduit en francais par: non ce pays n'est pas pour le vieil homme!!! sic) m'a plu, beaucoup. Il relate l'histoire de Llewelyn, un "tocard"qui tombe malencontreusement sur une malette de deux millions de dollards laissée à la suite d'un deal de drogue en plein désert du texas, deal ayant fini en bain de sang : frères cohen oblige, on retrouve un topos : l'homme qui découvre ce qu'il n'aurait pas du et qui n'est pas préparé a vivre ce qui va suivre.
Mais si on a pu croire que ce film n'est qu'une simple revisite de l'oeuvre des Cohen on se trompe grandement : l'histoire, si elle est la meme que dans bien d'autres de leurs films, se renouvelle par l'emploi d'une ressource insoupçonnée: de nouveaux acteurs! Josh Brolin remplace en terme de tocard le fameux John Turturo et lui donne une autre dimension, celle d'un homme pas assez préparé face à tout l'engrenage qu'il à déterré et qui l'emporte bien au delà de son rêve de vie paisible ; un engrenage qui prend le film à la gorge dans la présence du matador espagnol nommé Javier Bardem (alias Chigurh dans le film) un tueur absolument déjanté qui préfère la bombonne d'oxygène reliée à un marteau pneumatique plutôt qu'un standard fusil à pompe( emdimanché d'un silencieux!!! véridique) pour anéantir ses ennemis qui prennent corps en toute personne croisant son chemin. Lui, contrairement à sa proie (le film est une longue course poursuite) semble préparé à tout, surtout à l'imprévisible.
Ces deux personnages semblent du premier abord être des comiques nés, leur coté absolu, dans le rôle qu'ils incarnent( le tocard tombé au mauvais endroit au mauvais moment, et le tueur invincible) prête à sourire constamment et l'histoire dans laquelle ils s'embarquent semble directement reprise de The big Lebowski, seulement un troisième homme vient bousculer ce drôle de film, c'est le shérif incarné par Tommy Lee Jones, un homme plus dans son temps, qui connait Llewelyn et les dangers auxquels il se livre : le shérif est vieux blasé du mauvais sens : il reste sous le choc de la violence dégagée par la brute Chigurh mais semble clairement incapable d'y répondre par une action efficace : le shérif attend, dans des plans raprochés sur son visage tiraillé par la vieillesse, ridé par la peur de voir son incompréhension de la situation se transformer en la mort de Llewelyn
L'amérique des frères Coen est donc critique finalement, peu reluisante malgré un humour certain ; elle semble raconter ce que finalement peu d'américains osent dire, une certaine mort du western ou du moins une mort de son intouchabilité : je m'explique, le début du film marque le début du jour dans le paysage du western, les longues plaines où définitivement la frontière entre une terre sombre et un ciel sans nuages semble infranchissable (dans le film plusieurs fois le shérif regarde ce même ciel sans pouvoir s'inscrire avec lui dans un cadre commun) permettent de distinguer que chez les Coen, l'aurore s'effectue sur la mise à jour des principes du western : les 4x4 ont remplacé les chariots, la drogue est le substitut des caisses de whisky, les six coup ont été substitués aux ak 47, le héros n'est plus en quête de lui-même, il est lui-même en quête de quelque chose qui le transcende dans ce nouveau monde : l'argent qui n'arrive pas comme il le faut : par hasard.
Une chose prend tout de suite le pas du western, il est au début contemplation sur du vide, tant que parle la voix off, tant que se fait entendre la voix du passé, celle de Tommy Lee Jones qui incarne à lui seul les principes du vieux western (il sait encore monter a cheva!) tout en étant hors du film : il ne peut rencontrer les poursuivants, il est toujours à la traîne, vieux et fatigué, il ne suit pas le rythme d'une caravane lancée à "violente" allure.
La mort arrive ici par un hasard recherché, elle vient de la bête Javier Bardem qui est le seul à comprendre les règles du jeu, celles d'un monde violent et mono-visionnaire : l'absence de patience : vouloir monter à la ville le plus vite possible. Le mouvement est ascendant: on part de la prairie pour passer près d'un vieux bungalow, celui de Llewelyn, on arrrive ensuite dans un motel, toujours sur la route, puis c'est El Paso, le Mexique où cet espagnol de Javier Bardem ne peut pas perdre : les thèmes du western y vont vers l'agrandissement : de la solitude à la frontiere internationnale (on peut étayer avec le passage dans l'aéroport ou les sous-fifres mexicains jouent les hôtesses de l'air).
Mais rien ne s'arrête : Chigurh ayant accompli sa besogne (tuant la femme de Llewelyn) roule tranquillement sur la route de suburb préférée des Coen ( Wisteria lane des desperate housewives) jusq'u'à ce que lui même se trouve dépassé par les événements : la où le western imposait le duel, Chigurh y a deja substitué la violence plaisir et brutale, la voiture qui lui rentre dedans le fait renter dans une nouvelle ère, celle du hasard total qui fait violence à tous les codes.
Ceux qui survivent sont ceux qui ne se cachent pas: le shériff garde sa chemise, ne l'achète pas grâce à cet argent souillé de sang que tout le monde convoite, non, Tommy Lee Jones ne veux pas rentrer dans cet engrenage qui n'appartient qu'aux jeunes : il rentre sur la scène du meurtre l'air fier, les rides maquillés... Chigurh est dans le coin mais ne le tuera pas: le western est déjà mort alors pourquoi ne pas garder sa plus vieille relique?
A tchao bon dimanche!!!!!
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